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aux thérapies manuelles et aux traitements conservateurs de la colonne vertébrale et des articulations periphériques.

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lombalgie et femmes enceintes

lombalgie et femmes enceintes01/06/14

Résultats chez les patientes enceintes avec des douleurs du bas du dos, ayant bénéficié de traitement chiropratique : une étude de cohorte prospective à court terme, à moyen terme et après 1 an.

Peterson et al. Chiropractic & Manual Therapies 2014, 22 :15

http://www.chiromt.com/content/22/1/15

                 

Les lombalgies sont si communes chez les femmes enceintes, qu’elles sont considérées comme étant un phénomène « normal » de la grossesse.

Les douleurs rapportées sont classées en 3 groupes, selon la localisation : les douleurs lombaires, les douleurs pelviennes postérieures et les douleurs lombo-pelviennes qui rassemblent les  deux localisations.

 

L’étiologie de la douleur pendant la grossesse n’est pas clairement définie, mais la théorie qui prime cite les changements biomécaniques liés à l’élargissement de l’utérus, l’augmentation de la lordose lombaire et le rôle de la relaxine sur ligaments, rendant les articulations hypermobiles.

 

Les objectifs de cette étude sont triples :

-        recensement des résultats chez les patientes ayant eu des soins chiropratiques, pendant la grossesse jusqu’à la période post-partum

-        analyse et comparaison des données provenant de groupes différents de patientes

-        constitution des indicateurs influençant les résultats.

 

 

Méthodologie : 

L’étude porte sur 143 patientes de plus de 18 ans présentant des douleurs du bas du dos et n’ayant pas eu de traitement manipulatif durant les 3 derniers mois.

 

Ces patientes ont été recrutées dans 2 centres chiropratiques suisses, et référées par des gynécologues-obstétriciens. Toute pathologie de type tumoral, infectieux, inflammatoire, osseux ou les fractures constitue un critère d’exclusion.

 

Le traitement chiropratique n’a pas été standardisé au niveau de la technique utilisée ou la fréquence des soins ; il a été laissé au seul jugement du praticien. Néanmoins, il apparait que la technique Diversified aurait été la plus utilisée.

 

 Avant la 1ère visite, un questionnaire de type Oswestry a été distribué aux patientes, et la douleur a été évaluée suivant une échelle graduée de 0 à 10.

D’autres informations récoltées par le praticien concernent : l’âge, la semaine de gestation, le nombre de grossesse, la profession, la consommation de tabac, la durée de la plainte actuelle, les lombalgies au cours des grossesses antérieures, l’activité physique, la localisation de la douleur, les antécédents lombalgiques.

 

Une semaine après le 1er traitement, un entretien téléphonique a recueilli la nouvelle cotation de la douleur, les nouvelles données du questionnaire mais aussi l’impression globale de la patiente sur les changements survenus.

Ce même type d’entretien s’est poursuivi à 1 mois puis 3 mois.

 

A 6 mois et à 1 an, seuls la cotation de la douleur et le ressenti global de la patiente sur l’évolution de ses douleurs ont été récoltés.

Ces entretiens ont été réalisés par des assistants de recherche entrainés, non connus ni des patientes, ni des praticiens.

 

Les impressions globales sont définies par  7 points et classent les patientes en 2 groupes : celles qui ont vu une amélioration, et celles qui n’ont pas connu d’amélioration.

A 1 an, une question supplémentaire a été rajoutée et tient compte du degré de satisfaction de la patiente vis-à-vis de la prise en charge chiropratique.

 

Les patientes qui n’auraient pas répondu à 3 entretiens consécutifs ont été exclues de l’étude.

Un modèle de régression logistique a été également établi pour tenter de définir les indicateurs améliorant la douleur du bas du dos, basé sur les 10 critères d’anamnèse récoltés par le thérapeute.

 

 

Résultats :

Sur les 143 patientes, 28 ont été exclues ; l’âge moyen rapporté avoisinerait 33 ans, et la période de grossesse moyenne enregistrée serait de 26 semaines.

 

53,1% des patientes ont entamé leur 3ème trimestre de grossesse. Les  douleurs sont réparties équitablement au niveau de la localisation (1/3 au niveau lombaire, 1/3 au niveau pelvien et 1/3 se retrouvent sur les 2 sites). Pour les patientes ayant déjà eu une grossesse avant, 58% ont connu des douleurs du bas du dos.

 

Au bout d’1 semaine de traitement chiropratique, la moitié des patientes ont rapporté une amélioration de leur état. Elles sont 70% au bout d’1 mois, 85% au bout de 3 mois, sensiblement à 90% au bout de 6 mois et 1 an.

A l’issue de cette étude, 85,2% des patientes interrogées se sont déclarées « très satisfaites » ou « satisfaites » de la prise en charge chiropratique, contre 6% seulement de « non satisfaites ».

 

 

Discussion :

Les résultats obtenus dans cette étude montrent une large proportion de femmes enceintes avec  des douleurs dans le bas du dos, qui ont vu leur état s’améliorer après une prise en charge chiropratique. Ils rejoignent ceux d’une étude randomisée datée de 2013, de Murphy et al.

Les autres revues de la littérature traitant du même sujet ont conclu que les preuves apportées étaient de faible qualité, ou au mieux de qualité moyenne.

 

Les résultats rapportés dans les 2 études sont quasiment similaires concernant le pourcentage de femmes dont l’état s’est amélioré suite aux soins chiropratiques, et ce malgré les temps de recueil des données qui s’étalent pour l’une  entre les 5ème et 9ème semaines après le début des soins (étude randomisée), et pour l’autre jusqu’à la période post-partum (étude de cohorte).

L’accouchement pourrait expliquer l’amélioration ou la disparition des douleurs ; la persistance post partum des douleurs les classerait dorénavant parmi les lombalgies non spécifiques ou communes non liées à la grossesse.

La similitude des résultats malgré la population étudiée (US pour l’étude randomisée, et suisse pour la cohorte) apporte une certaine validité aux données recueillies.

 

Des différences existent cependant entre ces 2 études :

-        l’étude de cohorte rapporte que les patientes ayant eu dans le passé > 5 épisodes douloureux au niveau du bas du dos, seraient moins sensibles à l’amélioration de leur état, 1 an après le début de la prise en charge. De plus, 58% des femmes ayant eu ce type de douleurs au cours d’une 1ère grossesse seraient plus susceptibles de les avoir de nouveau

-        l’étude randomisée note que l’évolution serait moins favorable si les douleurs se retrouvaient dans la zone lombo-pelvienne. De plus, l’absence de lombalgie avant la grossesse serait un indicateur de bonne évolution ; et 94% des femmes ayant eu des lombalgies durant une 1ère grossesse, les subiraient  à nouveau si elles étaient enceintes.

 

Dans les points faibles de l’étude de cohorte, le questionnaire Oswestry semble ne pas être le mieux adapté ; il est moins complet que celui de Bournemouth qui prend en compte les facteurs psychosociaux. Mais il est le plus fiable parmi les questionnaires disponibles déjà traduits en langues française et allemande.

D’autre part, les douleurs de la symphyse pubienne fréquemment retrouvées chez les femmes enceintes ne sont pas dissociées ici des douleurs pelviennes.

 

Les bons résultats rapportés ne peuvent être imputés exclusivement à la prise en charge chiropratique, sans comparaison avec un groupe bénéficiant d’un autre type de soins, et sans avoir standardisé et mis en place un protocole précis avec une technique définie et une fréquence établie.

 

 Aucune aggravation n’a été cependant rapportée dans l’étude présentée, et 85% des patientes étaient satisfaites des soins chiropratiques reçus. Ce fort pourcentage peut s’expliquer par le fait que d’après une autre étude qualitative récente, l’approche chiropratique serait perçue comme plus holistique ou globale plutôt que symptomatique.

Parmi les mauvaises réactions post-manipulatives, seuls 7 cas ont été recensés dans la littérature ; elles feraient suite à une manipulation du rachis cervical et non lombaire, pratiquée par des chiropracteurs, des kinésithérapeutes et un médecin généraliste.

 

 

Conclusion :

Une large proportion de femmes enceintes souffrant du bas du dos ont noté une nette amélioration clinique après un traitement chiropratique, du début de la prise en charge jusqu’à 1 an après.

 

Il existerait un lien entre le nombre d’épisodes lombalgiques rapportés et l’amélioration des signes cliniques, pendant et après la grossesse.

 A ce jour, cet indicateur présenterait une fiabilité contestable en l’absence d’autres recherches plus poussées.

 

 

Nathalie Khau-Mouriez, D.C.