SOFEC

Société Scientifique dédiée à la Chiropraxie,
aux thérapies manuelles et aux traitements conservateurs de la colonne vertébrale et des articulations periphériques.

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Sylvain PARNY, DC, Président sortant de l'Association Française de Chiropratique (AFC)

20-02-2003

Sylvain Parny était Kinésithérapeute. Il est diplômé Docteur en Chiropratique du National College of Chiropractic de Chicago (NCC, 1982) et lauréat Anatomy Award (1982). Il est l’auteur, en association avec Pierre-Louis Gaucher-Peslherbes, du livre : « La Chiropratique et vos vertèbres, un art ancien, une science nouvelle » (1985). Il exerce actuellement en Anjou dont il est originaire. Depuis ses débuts, Sylvain Parny s’est battu pour que la Chiropratique puisse, un jour, accéder à la place qui devrait être la sienne dans le paysage médical Français.
Il s’est donc investi dans ce travail en étant responsable, dès 1985, de la région Grand ouest pour l’association Nationale Française de Chiropratique. En parallèle, et toujours dans cette même optique, il est devenu membre de la CODEMA (collectif de défense et d’évaluation des médecines alternatives et complémentaires). il rencontrait, à cette époque, le Professeur Nicolas chargé du premier rapport sur les médecines alternatives.
Il a ensuite œuvré pour la mise en place d’une nouvelle association qui est née en 1996 et dont il est le président depuis. Dès que le gouvernement a impulsé la mise en place d’un processus de reconnaissance, Sylvain Parny s’est occupé de la prise en charge du dossier. C’est donc avec un immense plaisir que nous l’accueillons sur vertebre.com, où nous faisons un point sur l’état actuel de la situation.
Karl VINCENT, DC.


1°/ Depuis quand êtes-vous le Président de la l’Association Française de Chiropratique (AFC) ?

Depuis sa création en 1996

2°/ Quelle est la représentativité de l’AFC au sein de la profession ?

Il y a environ 210 membres ce qui doit approcher des 60 %

3°/ Quelles ont été les motivations qui vous ont amenées à vous présenter ?

A vrai dire la création de l’A.F.C a été l’aboutissement d’un processus qui a demandé pratiquement deux ans. Il est né de la constatation d’une sorte d’impasse dans laquelle notre profession semblait se trouver et qui aboutissait à un raidissement des attitudes dans les différentes associations existant à l’époque ; Il y en avait trois influentes même si l’ANFC(Association Nationale Française de Chiropratique) créatrice en 1983 de l’IFC (Institut Français de Chiropratique), qui est devenu l’IFEC (Institut Franco-Européen de Chiropratique), était la plus représentative par le nombre et par son appartenance à l’ECU(European Chiropractic Union).

Une première réunion appelée "les assises de la chiropratique" a réuni toutes les associations et tous les chiropraticiens de bonne volonté autour d’une volonté commune de trouver des solutions pour l’avenir. En effet, à l’époque, notre situation se dégradait sous la pression du nombre des ostéopathes,. Nous avions choisi de rester droits dans nos bottes et de ne jamais transiger quant à la qualité de la formation suivant en cela tous les pays du monde. Mais ceci avait en France un coût qui était celui de la perte de notoriété liée à la progression exponentielle de l’ostéopathie non médicale d’origine kinésithérapique.
Nous avons créé lors de ces assises un groupe de travail de douze personnes (certaines nommées par les différents groupes, d’autres élues par les assises). Ce groupe, dont je faisais partie - élu par l’assemblée pour le compte du CRIC (Centre de Recherche et d’Informations Chiropractiques) - a planché pendant près d’un an (sept ou huit réunions de consensus) puis a rendu devant les deuxièmes assises un rapport qui préconisait la naissance d’une nouvelle association avec de nouveaux statuts assurant une démocratie à la proportionnelle, la création d’un pôle de recherche et d’un conseil Professionnel indépendant servant de registre.

Pour en revenir à ma motivation principale ; on peut dire qu’elle était liée à mon désir de voir ma profession reconquérir la place qu’elle méritait. Et j’avais l’impression à l’époque, impression partagée par beaucoup, que nous étions entrain de sombrer.
J’étais ce que l’on peut appeler un trublion : quelqu’un qu’on entend beaucoup râler toute l’année et lors des assemblées générales. Un donneur de leçons- très agaçant sans doute- je me suis donc lancé avec quelques autres dans l’aventure en me disant que la critique étant facile…

4°/ Parmi ces motivations, quelles ont été celles que vous avez réussies à mettre en place ?

Je crois que l’équipe qui est née le jour de la première assemblée générale peut légitimement revendiquer d’avoir atteint en six ans tous les buts qu’elle s’était assignés. Il a fallut beaucoup de chance et beaucoup de travail…

5°/ Quel regard portez-vous sur la profession après en avoir exercé les responsabilités pendant 7 ans ?

Elle a beaucoup évoluée. Elle s’est francisée sous l’impulsion de l’IFEC. Elle s’est ouverte globalement vers l’extérieur. En même temps, la profession française a besoin de mûrir et ceci va être accéléré par le processus de reconnaissance. Il est normal que l’exercice d’une profession dans l’illégalité induise des comportements particuliers (la paranoïa collective et la méfiance systématique en sont de bons exemples) qu’il va falloir dépasser.

6°/ Parmi les grands chantiers politiques, la reconnaissance représente l’élément fondamental pour lequel vous œuvrez depuis votre élection. Comment s’est mis en place le processus de cette reconnaissance ?


En fait tout s’est fait progressivement sous l’impulsion du gouvernement. Et ceci sous la pression de la société française. D’abord en deux temps avec le premier rapport Nicolas en 1994 sur les médecines alternatives en général.
J’avais à l’époque rencontré le professeur NICOLAS en tant qu’un des deux représentants du CODEMA (Collectif de Défense et d’Evaluation des médecines alternatives et Complémentaires) dont je suis d’ailleurs toujours le secrétaire. A noter que ce collectif était déjà connu des pouvoirs publics car partie prenante du rapport CORNILLOT auprès du Gouvernement de Madame Georgina DUFOIX, Ministre de la Santé en 1985.
Lors de ce premier rapport le Pr. NICOLAS avait clairement démontré que les thérapies manuelles étaient les seules médecines complémentaires sur lesquelles il était possible d’entamer un processus législatif car suffisamment structurées.
Le deuxième rapport NICOLAS a enfoncé le clou, vous connaissez la suite.

7°/ Il est évident que la mise en place de ce processus n’est pas uniquement liée à la présence de 400 professionnels qui représentent notre profession en France. Quel a été le rôle des ostéopathes, bien plus nombreux que nous ?

Je suis totalement convaincu que si l’ostéopathie non médicale n’avait pas existé en France nous n’aurions intéressé personne pendant encore fort longtemps. La volonté politique est née d’une volonté de régler le problème de l’exercice par des non médecins de l’ostéopathie. C’est à dire régler un problème de santé publique que l’on ne pouvait PLUS faire semblant de ne pas voir car devenu quasiment un fait de société.
Je crois que contrairement à ce que pensent un certain nombre d’ostéopathes non médecins (dont certains responsables), on ne s’intéresse pas à eux parce qu’ils font de bonnes choses – même si ils en font, la question n’est pas là - mais bien parce qu’ils ont atteint, par le nombre, une sorte de masse critique qui oblige à légiférer.

8°/ Quels ont été vos rapports avec les Instances Ostéopathiques ?

Nous avons toujours choisi de les rencontrer lors des réunions communes avec le gouvernement ou uniquement de façon informelle. Il s’agit de clairement montrer notre différence.

9°/ Les associations de patients ont aussi joué un rôle important. Vous avez aidé à la création de l’Association Pro-Chiro. Pourriez-vous nous dire quel a été son rôle ?

Je suis partisan de faire entendre la voix du patient systématiquement tout simplement parce que nous sommes avant tout à son service. Il faut toujours se rappeler que nous répondons à un besoin que nous nous efforçons de remplir de façon la plus compétente possible. Mais on pourrait dire qu’en premier il y a le patient et sa souffrance. Cela paraît être un truisme et pourtant il semblerait que beaucoup l’oublie.
C’est pour cette raison qu'à partir de discussions avec des patients est née Pro-CHIRO sur le modèle de ce qui se passe dans de nombreux pays du monde. C’est aussi pour cela qu’un patient siège au CA de notre association professionnelle et au sein de notre Conseil Consultatif pour les questions d’éthique.
Pro-Chiro a rempli pendant toutes ces années un rôle très important sur le plan médiatique et sur le plan du soutien aux professionnels et la diffusion de l’information.


10°/ L’Institut Franco-Européen de Chiropratique (IFEC) à Paris est la seule école française de Chiropratique. Celle-ci a été créée il y 20 ans. Avec l’Anglo-European Chiropractic College en Angleterre, elles représentaient les 2 seules écoles européennes. Il en existe maintenant trois autres : deux en Grande-Bretagne et une au Danemark à ODENSE au sein de l’Université. Le collège anglais a joué un rôle majeur dans la reconnaissance de la Chiropratique en Angleterre.
Pensez-vous que la présence sur « notre sol » de l’IFEC, reconnu sur le plan international, a joué un rôle dans le processus de cette reconnaissance ?


Le collège français a été fondé dans ce but : afin de favoriser la reconnaissance. Il n’a pas - encore - joué pleinement le rôle qui lui a été assigné. Mais c’est en ce moment que sa présence va devenir primordiale ; Son niveau harmonisé avec les collèges du monde entier est tel et il est si bien habitué aux audits internationaux d’accréditation que nous pourrons accueillir avec confiance les futurs audits de l’ANAES.


11°/ L’unité entre professionnels est une condition importante face aux défis à venir. Cette unité représente-elle la condition première à la réussite de cette reconnaissance ?

Oui, indiscutablement. Même si notre profession est, comme tous les groupes humains, composé de personnes qui ont parfois des sensibilités et des visions différentes de leur profession (la classique courbe de GAUSS) nous nous entendons sur l’essentiel.

12°/ Quels devraient être les éléments fédérateurs et de convergences pour la réussite de cette unité professionnelle ?

L’élément fédérateur pour l’unité professionnelle est indiscutablement la vision d’une profession d’accès direct au patient n’utilisant ni médicaments ni chirurgie et dont la philosophie première est de privilégier ce qui vient de l’intérieur. Tout est lié au lieu de naissance de la chiropratique, l’Amérique du Nord, où la philosophie pragmatique (celle de Williams JAMES) est dominante. La pensée chiropratique est une héritière de cette pensée qui dit tout simplement : peu importe ce qui nous arrive, l’important c’est comment on le reçoit et ce qu’on en fait. C’est vrai sur le plan de la santé comme sur bien d’autres plans. C’est une autre façon peut être de dire : le terrain est tout !

13°/ Vous avez rencontré le Professeur Nicolas en charge du dossier, et mandaté par Bernard Kouchner. Quel regard portait-il sur la Chiropratique ?

Dès le départ, il a compris que nous étions dans ce dossier tout à fait à part car très organisés, clairement définis et identifiables à la fois en tant que profession et discipline. Evidement cela contrastait avec le dossier ostéopathie.

14°/ Ce regard et sa démarche se sont-ils modifiés tout au long de ce processus de reconnaissance ?

Je ne le pense pas.


15°/ Si l’on compare le texte de loi tel qu’il avait été libellé, et voté à l’Assemblée Nationale (et celui issu du Sénat), nous avons l’impression que nous nous sommes orientés d’une simple reconnaissance de pratique vers une reconnaissance réelle de 2 professions nouvelles. Etes-vous d’accord avec ce point de vue ?

Nous avançons dans le bon sens mais les chausses-trappes restent multiples et variées.


16°/ Malgré tout, cette loi est liée à la mise en place de décrets d’applications devant encadrer ces pratiques. Ces décrets sont d'importance, puisqu'ils vont régir les conditions d'exercice et les critères de formation pour les professions Chiropratiques et Ostéopathiques. Le gouvernement a récemment procédé à un appel des organisations représentatives.
Comment s’est déroulée cette démarche de représentation ?


Elle s’est déroulée selon les règles en vigueur définies par le code du travail.
Elle a eu lieu en deux temps : un premier dépôt de dossier avec un certain nombre de documents : nombre de membres, listes des membres, date de création, statuts, montants des cotisations, preuves des dépôts, comptes d’exercice sur plusieurs années, existence d’un bulletin de liaison ; Affiliations et relations internationales dans le cadre de fédérations etc.
Puis une demande de renseignements complémentaires avec rencontre d’un des responsable du dossier à la DRASS d’Ile de France.
Ce processus se termine vers le 20 février.
Evidemment cette façon de prendre le dossier nous satisfait pleinement car cela permet de faire le tri entre les organisations sérieuses qui travaillent depuis longtemps pour les deux professions et les organisations opportunistes qui n’ont pas manqué de fleurir mais dont le manque de représentativité est très probablement flagrant.

17°/ Pourriez-vous nous dire où en est la mise en place de ces décrets ?

Nulle part à notre connaissance. Nous attendons d’être convoqués en tant qu’association représentative de la profession.

18°/ La chiropratique est reconnue dans la plupart des pays mondiaux. Les chiropraticiens ont un statut de thérapeute indépendant. Les patients ont la possibilité de les consulter directement.
Comment définiriez-vous cette indépendance dans le cadre Français ?


Ceci correspond dans le code de la santé publique français à la définition des professions dites « médicales » par opposition aux professions dites auxiliaires de la médecines et paramédicales.

19°/ Ce statut en tant que praticien de premier contact nous été donné, entre autre, grâce à la qualité de notre enseignement standardisé sur le plan mondial, mais aussi par l’innocuité, l’efficacité et le coût modeste des soins prodigués à nos patients.
Comment se situe la France par rapport à ses acolytes mondiaux ?


Encore une fois l’avenir nous le dira. Le fait de toucher au code de la santé publique et à la définition des professions médicales semble une matière très délicate.

20°/ L’innocuité des soins a été au centre des débats lors des différentes discussions, à l’Assemblée Nationale, au Sénat et lors de la réunion de l’Assemblée Mixte Paritaire. Je pense notamment aux manipulations cervicales. Sommes-nous à même de démontrer cette innocuité ?

Oui, bien sûr les statistiques sont évidentes pour ce qui concerne la chiropratique. Le problème est que la profession médicale récolte ici ce qu’elle a contribué à semer. Voulant démontrer pendant des décennies que l’acte manipulatif devait être réservé aux médecins du fait de sa dangerosité supposée, elle a maintenant du mal a faire disparaître de l’imaginaire collectif cette image erronée. D’autant plus qu’elle n’a pas démontré dans le même temps, loin s’en faut, que les médecins étaient plus compétents que les autres pour mettre en œuvre ces techniques.

En fait lorsque l’on examine les chiffres on s’aperçoit que les ajustements ou manipulations - y inclues cervicales- sont des techniques sûres avec un rapport bénéfice/ risque très favorable quand utilisées par des personnes compétentes.

De plus elles sont nettement plus sûres et plus efficaces que beaucoup de thérapies médicamenteuses mises en œuvre pour des problèmes comparables (tels que les AINS)

21°/ Quelques parlementaires ont d’ailleurs proposé que certains actes ne puissent être effectués qu’après diagnostic et prescription médicale. Quelle est votre position à ce sujet ?

Ceci est une erreur fondamentale car l’acte d’ajustement n’est pas acte qui peut être délégué. Il faut que la personne qui le pratique soit bien sûr celui qui le diagnostique. Les deux actes se suivent d’ailleurs souvent dans un délai très court et le contrôle doit être fait aussitôt après. La finesse du geste et son efficacité dépend de la finesse de l’analyse diagnostique pré et post. Tous ceux qui ont pratiqué ce genre de gestes le savent. Nous ne sommes pas dans le domaine des recettes mais de celui de l’art.

22°/ Certaines organisations ostéopathiques parlent d’un « diagnostic dit ostéopathique » n‘interférant pas avec le diagnostic médical. Les kinésithérapeutes français ont récemment eu le droit de procéder à un bilan-diagnostic kinésithérapique. Néanmoins, la réalisation de ce diagnostic kinésithérapique, même s’il permet au kinésithérapeute de choisir ses actes et le
nombre de séances requises, ne s’effectue sur le plan thérapeutique, que dans le cadre d’une indication médicale.
Ne pensez-vous pas que la revendication d’une spécificité diagnostique, propre à notre activité, puisse s’envisager ?


Nous croyons pour notre part qu’il faut être capable de faire un diagnostic pas seulement « chiropratique » mais au moins différentiel, si ce n’est positif. C’est à dire être capable de reconnaître les indications, non-indications et contre-indications de notre art, savoir reconnaître par exemple les signes et symptômes d’une pseudo-polyarthrite rhizomélique, d’un anévrisme abdominal ou d’une spondylodiscite…

23°/ Ne pensez-vous pas, qu’en terme de démarche diagnostique, un dénominateur commun, médical et chiropratique, ne puisse s’élaborer autour d’un bilan de non contre-indication (dit d’exclusion) qui serait effectué par le chiropraticien en première intention ?

A minima, oui…

24°/ Comment envisager une collaboration médico-chiropratique dans ce cas ?

Je ne vois pour ma part aucun problème de collaboration à terme à partir du moment où chaque profession connaît et reconnaît les compétences particulières de l’autre. ?

25°/ L’ANAES sera chargée d’élaborer et de valider des recommandations de bonnes pratiques. Pourriez-vous nous rappeler quelle est cette agence et son rôle dans le « paysage » médical français ?


Je renverrais volontiers vos lecteurs au site WEB de l’ANAES. D’après l’article 75 de la loi, l’ANAES sera chargé de définir la liste des bonnes pratiques à enseigner dans les écoles.

26°/ Il existe, à l’heure actuelle, certaines recommandations concernant la chiropratique, entre autres celles sur les lombalgies aiguës et les lombalgies chroniques. Quel regard portez-vous sur ces 2 travaux ?


Le problèmes des études de recommandations est qu’elle essaient toujours de sortir des techniques particulières de leur contexte d’élaboration et aboutissent inévitablement à un biais.

Les études auxquelles vous faites référence n’échappent pas à cette règle. Elle utilisent le mot « chiropratique » comme synonyme de « manipulation vertébrale » Elles font donc référence à la technique et non pas à la discipline qui sont deux choses différentes.
En chiropratique, comme en médecine, la mise en œuvre des techniques et des protocoles de techniques est sous tendue par un mode de prise en compte du patient et de son devenir.
C’est à dire que vous n’aurez pas le même résultat à technique égale si vous vous inscrivez avec le patient dans la durée - pour l’aider à se sortir par exemple d’une situation de lombalgies chroniques – que si vous vous contentez de faire du déblocage momentané (ce que j’appelle du reboutage éduqué.) Dans ce dernier cas, vous allez soulager une personne pour quinze jours et dans l’autre, avec un travail suivi, vous pouvez changer sa vie ! Au départ il peut s’agir pourtant de la même technique d’ajustement.

Mais ce qui importe c’est ce que nous appelons la prise en charge : les soins d’ajustement, les techniques dérivées, les bilans musculaires et conseils gymniques, les conseils nutritionnels, les mises en perspective mentales qui permettent au patient de se réapproprier son corps.

27°/ Quelles seront donc, selon vous, les conséquences de telles recommandations ?


Nous verrons comment les choses vont évoluer mais il semblerait que les systèmes de santé vont se diriger, bien au-delà des études en double aveugle contre placebo et de l’ « evidence based medicine » (la médecine basée sur la preuve) vers une étude de la qualité de vie des patients donc dans une attitude beaucoup plus globalisante (prenant en compte beaucoup plus de critères) que la simple analyse de l’efficacité d’une technique.

Le critère le plus important est bien sûr l’augmentation de la qualité de vie du patient dans le cadre d’un traitement dont le rapport coût/efficacité à moyen et long terme est le plus favorable possible avec des effets secondaires minimes ou absents. Je ne suis pas inquiet, dans ce cadre là, et dans notre sphère d’activité nous n’avons pas beaucoup de concurrence.

28°/ Ne pensez vous pas, compte tenu de la diversité des discours scientifiques, qu’une représentation chiropratique est indispensable à l’ANAES, dans le cadre de la mise en place de telles recommandations ?


Oui, mais le problème de la nomination et de la formation des experts dans le cadre français se pose.


29°/ Vous avez, lors du dernier conseil d’administration, quitté la présidence de l’Association et passé le relais au Vice Président Mathieu Gontard. Qu’est-ce qui vous a poussé à prendre cette décision ?

Cette décision été prise au tout départ de l’Association. Nous avions un cahier des charges que nous avons respecté. J’ai prolongé ma présidence d’un an pour que le dossier politique ne souffre pas d’un changement de responsable au milieu du gué.


30°/ Allez-vous continuer à exercer des fonctions au sein du conseil d’administration, notamment concernant le dossier de notre reconnaissance ?

Oui, je conserve avec la cellule mise en place il y a deux ans la maîtrise du dossier politique. Je ne suis toutefois plus membre du Conseil d’Administration. Notre groupe travaille en son nom.


31°/ Pourriez-vous nous rappeler quelle est la position de la chiropratique dans le monde, et dans des pays tels que les Etats-Unis ?


La chiropratique représente aujourd’hui la première profession de thérapeutiques manuelles du monde. Il s’agit d’une profession de santé très organisée comprenant approximativement 70 000 chiropraticiens, dont près de 50 000 aux Etats Unis où cette profession est née. Elle publie aujourd’hui des recherches de haut niveau auxquels toutes les professions ayant à voir avec les thérapeutiques manuelles, font référence. Les recommandations de l’ANAES, en particulier, ont inclues des recherches issues de la plus grande revue actuelle en la matière, le JMPT (Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics), issue du National College of Chiropratic de Chicago.
Signalons au passage, que la chiropratique est la seule profession de santé du monde dont l’enseignement est standardisé sur le plan international.

32°/ Comment expliquez-vous que l’ostéopathie reste largement plus connue que la chiropratique dans l’esprit du grand public français ?

Il y a plusieurs raisons :

· D’abord c’est une question de nombre et de masse critique, donc de visibilité comme cité tout à l’heure : avec 60 écoles et plusieurs dizaines de milliers de personnes formées, l’ostéopathie a disséminé 100 fois plus que la chiropratique. Un exemple simple, lorsque je suis arrivé à Angers en 1983 j’étais le troisième chiropraticien à m’installer et il n’y avait qu’un seul ostéopathe. Actuellement, nous ne sommes plus que deux chiropraticiens et il y a 22 ostéopathes non-médecins. Ne sont pas inclus ni les kinés qui font de l’ostéopathie ni les médecins de médecine manuelle/ostéopathie.

· Le développement de l’ostéopathie a pris racine dans deux professions possédant un diplôme d’Etat - et donc apportant des garanties visées par l’état français) - la profession kinésithérapique et la profession médicale. Elle s’est donc appuyé sur des réseaux existants ce qui : facilite la diffusion au sein de la population professionnelle et assoit une sorte d’honorabilité par ricochet « au moins eux, ils sont médecins ou kinés…».

· La troisième raison est historique : avant que les médecins et les professions paramédicales ne s’emparent des manipulations vertébrales les chiropraticiens diplômés aux Etats-Unis étaient pratiquement les seuls à occuper le terrain en tant que profession non médicale identifiable. Ils ont alors été victimes d’un ostracisme répété et de dénigrements à la hauteur du succès qu’ils avaient dans leurs cabinets. Cette réputation qu’on leur a faite était véhiculé par la profession médicale dans le grand public et cette réputation - comme toutes les rumeurs - a bien sûr la vie dure. De plus, les chiropraticiens souffrant des agressions injustifiés dont ils étaient les victimes se sont enfermés dans une paranoïa bien compréhensible qui n’arrangea pas les relations avec l’extérieur.


33°/ Quelles sont les démarches que vous effectuez, afin que la profession soit plus connue ?

Nous effectuons un travail de relations publiques avec une agence pour faire connaître au grand public notre philosophie et notre rayonnement international.


34°/ La France est l’un des derniers pays mondiaux à avoir légalisé la chiropratique. Certains pays européens l’ont fait bien avant. Prenons comme exemple la Suisse qui, à l’opposé, a reconnu notre pratique dès 1936.
Ne pensez-vous pas que la nébuleuse (typiquement française) concernant les thérapeutiques manuelles est, entre autre, liée à ce retard législatif ?


C’est une évidence. Mais du fait du contexte culturel français cela ne pouvait, à mon sens, guère se passer autrement. Nous n’aimons pas ce qui arrive de l’étranger. La masse critique déjà évoquée et la pression de l’Europe ont servis d’aiguillon à la volonté politique. Sinon les forces d’inertie et de résistance auraient été trop importantes. Nous ne sommes pas un pays pragmatique !

35°/ Au terme de cet interview, j’aimerais que vous nous disiez de quelle manière vous envisagez l’avenir et la mise en place de notre statut professionnel ?


Je le définis comme un grand défi pour la profession existante mais nous avons des modèles tellement avancés et performants dans des pays similaires au nôtre que les premières difficultés d’adaptation devraient être absorbées très rapidement. Je crois que nous pouvons apporter beaucoup au système de santé à la fois dans notre champ d’application mais aussi dans la réflexion que nos sociétés doivent porter sur l’avenir de la santé publique.
En particulier, je pense que, contrairement aux craintes de certains de mes confrères, notre reconnaissance doit permettre d’affirmer notre message et de progressivement infléchir la pensée dominante vers plus de prévention et de « coaching », plus d’accompagnement vers un vrai partenariat entre le patient et le thérapeute ;ce mouvement était déjà en marche mais quelques barrières de plus viennent de tomber et nous entendons bien jouer pleinement notre rôle et, cette fois-ci, en pleine lumière...


Cher Sylvain Parny, je vous remercie très sincèrement pour votre participation à cette interview et permettez-moi, au nom de toute l’équipe de vertèbre.com de saluer l’excellent travail, l’investissement professionnel et humain que vous avez mis au service de notre profession. Merci.